Coucher de soleil, premier jour
Haut Atlas · Maroc · juin 2026

GTAM, Agouti → Imlil,
dix jours de trek en solo

Coucher de soleil, premier jour

La Grande Traversée de l'Atlas Marocain (GTAM) : des Aït Bouguemez jusqu'à la vallée d'Imlil, par le M'Goun et le Jbel Anrhomer.

266,2 km
Distance
13 395 m
Dénivelé +
10
Étapes
4 087 m
Point culminant
71 h 43
En mouvement
2–11 juin
Dates
L'oued Tessaout verdit la vallée
L'oued Tessaout verdit la vallée

La GTAM

La Grande Traversée de l’Atlas Marocain, c’est un trek de presque 300 kilomètres qui traverse les plus hauts sommets de l’Atlas, passant par quelques villages isolés, de hauts plateaux arides mais aussi des vallées verdoyantes où les communautés amazighes (ou berbères) ont dompté les flancs montagneux pour y cultiver des céréales et y élever du bétail.

L’idée m’est venue un peu de nulle part, et je me mets à espérer réellement concrétiser ce projet de trek qui pour l’instant m’apparaît flou et lointain.

Je lis sur internet les maigres ressources sur l’itinéraire que j’envisage d’emprunter. L’absence de sentier marqué (l’itinéraire suit le plus souvent de petites sentes utilisées par les bergers pour relier les vallées à dos d’âne), la gestion du manque d’eau, l’aridité et la chaleur, la barrière de la langue, l’isolement, ou encore la présence de chiens sauvages m’y font réfléchir à deux fois. Cela me refroidit un peu, et explique sûrement pourquoi j’ai mis du temps à me décider à partir, mais bon, autant aller se faire sa propre idée.

Prologue1 juin · Marrakech

Arrivée au Maroc

Après avoir (trop) repoussé le départ, c’est enfin le grand jour. La pesée du sac à l’aéroport affiche 13 kg, alors qu’il me manque encore de la bouffe, 4 litres d’eau que je trimballerai avec moi, les cartouches de gaz, et mon petit sac avec batterie, panneau solaire, portable et appareil photo. Ça promet !

Arrivée un peu chaotique à Marrakech, où je ne retrouve plus mon sac de rando : il se trouve en fait sur le carrousel des bagages hors format de l’aéroport, à cause des bâtons. Je finis par débarquer dans une petite et accueillante auberge de jeunesse à Marrakech.

Au programme, visite express de la ville, et surtout trouver du gaz, indispensable au réchaud pour la traversée : pas possible de le ramener en avion. Petite déconvenue quand j’apprends que le Decathlon local ne propose plus de Campingaz.

Je tente d’acheter dans une petite boutique une cartouche qui a l’air de faire l’affaire, mais qui se révèle incompatible avec mon réchaud, qui nécessite des cartouches à valve Campingaz. Je finis par acheter le réchaud classique, à perçage, et 3 cartouches qui vont avec. Un peu plus compliqué à trimballer : une fois percée, la cartouche ne peut plus être désolidarisée du réchaud.

Le fameux réchaud à perçage
Le fameux réchaud à perçage

Une fois les emplettes faites, direction la gare routière pour vérifier les horaires, introuvables ailleurs. La ligne 18 partira pour Azilal le lendemain à 8 h 30, puis il faudra prendre un taxi bus pour se rendre au départ, dans la vallée des Aït Bouguemez, à Tabant.

J’apprends par mon hôte à l’auberge qu’il faut prononcer « Tabènté » et pas « TA-BAN », qui veut dire « pussy » ; je suis plutôt content de le découvrir avant de demander à tous les taxis de la ville s’ils s’y rendent.

La Koutoubia
La Koutoubia
La faune locale
La faune locale
Le souk
Le souk
Ça dépayse
Ça dépayse
J12 juin · 16h32–22h18

Tarkedit

19,9 km1 646 m D+515 m D−5 h 16 en mouvement

Après un réveil matinal, je me mets en quête d’un distributeur pour retirer du cash. Aucun ne fonctionne, je dois mal m’y prendre ; je finis par réussir à retirer quelques dirhams, indispensables pour se ravitailler lorsque ce sera possible pendant les 10 jours de rando.

À 8 h 30, les vendeurs ambulants sortent du car, qui se met en route. Arrivé à la gare routière d’Azilal, je trouve pour 40 dirhams un taxi bus où attendent déjà quelques passagers. Une heure plus tard, il est plein et s’ébranle lentement, bagages sur le toit.

Au loin, on aperçoit déjà les montagnes de l’Atlas, encore enneigées sur les sommets ; on sent qu’on entre progressivement dans un autre type de paysage, beaucoup plus montagneux et aride. Le taxi s’arrête à chaque auto-stoppeur qui lui fait signe et, bien que plein à craquer, trouve toujours une place de plus pour une chèvre ou un habitant, quitte à rajouter des tabourets sur la rangée de passage !

Un gars très sympa qui parle un peu anglais me montre une photo de la même route l’hiver, croulant sous la neige, et m’explique que le passage devient alors très compliqué, surtout pour les taxis bondés qui peinent déjà à grimper les cols en été.

Le taxi jusqu'à Tabant, il reste des places !
Le taxi jusqu'à Tabant, il reste des places !
La route l'hiver
La route l'hiver

Après d’interminables virages, le chauffeur me demande où je vais et me dissuade de faire l’étape que j’avais envisagée initialement, au vu de notre heure d’arrivée tardive. Qu’importe, je verrai sur le moment, j’ai surtout hâte de marcher et de commencer enfin ce périple pour de bon. Départ à 17 h de Tabant, j’arrive sous les étoiles à 22 h à côté du refuge de Tarkedit pour mon premier bivouac, en passant par le village d’Ikiss, puis par un col enneigé à 3 400 m à la frontale, le kif !

Sur le chemin, j’aperçois des dizaines de paires d’yeux briller dans le noir et me fixer ; flippant, même si ce ne sont que des ânes.

Premier col, première neige
Premier col, première neige
Sur le départ, je ne suis pas tout seul
Sur le départ, je ne suis pas tout seul
Berger
Berger
Ikiss
Ikiss
J23 juin · 08h01–18h59

Tessaout, par le M'Goun

34,1 km1 987 m D+2 298 m D−9 h 01 en mouvement
Jebel M'Goun — 4 071 m

Au petit matin, je ne me presse pas, fatigué de la veille : c’est grasse mat, lever 7 h. Aujourd’hui au programme, ça commence fort avec l’ascension du premier 4000, le M’Goun, qui culmine à 4 071 m. Beaucoup moins touristique que le Toubkal, il est aussi très accessible, et en grande partie exempt de neige en juin. Je suis plutôt bien acclimaté avec mes récentes ascensions dans les Alpes à plus de 4 000 m ces derniers mois ; tant mieux, je vais bien avoir besoin de mes globules.

Je laisse les 20 kg de mon gros sac à dos en bas, et pars pour le sommet, en mode rando rapide. Quelques passages de névés mais rien de difficile, une grande crête, 3 h de rando, et m’y voilà. La vue est incroyable à 360 degrés, et je vois surtout tout le chemin qu’il me reste à parcourir. Je croise quelques touristes marocains et français en haut, mais c’est loin d’être la foule. On capte un peu de réseau, j’en profite pour donner des nouvelles car les occasions de le faire seront rares sur la route. J’emporte justement, au cas où, une balise GPS de secours.

L'arête du M'Goun
L'arête du M'Goun
Début de l'ascension
Début de l'ascension
Passages enneigés
Passages enneigés

À la descente, ça se gâte un peu : le vent se lève sur la crête et les rafales vrombissent dans mes oreilles. En plus, tête en l’air, j’ai zappé de prendre à manger, et le manque de sucre se fait sentir, le seul café du matin ne suffit plus. Heureusement, de retour au refuge, le gardien est là et me régale avec une délicieuse omelette.

Il faut se résigner à remettre mon barda sur le dos : à 15 h, je lève le camp avec mes 4 l d’eau.

C'est quand même bien sec ici
C'est quand même bien sec ici
La rivière qui quitte le long plateau de Tarkedit
La rivière qui quitte le long plateau de Tarkedit

La descente devient chaotique et s’éternise ; j’arrive finalement à 19 h sur les lieux de mon campement.

L’arrivée est encore très ventée, je plante la tente à l’abri derrière un arbre qui me protège du mieux qu’il peut. C’est l’occasion rêvée de tester la résistance aux rafales de 70 km/h annoncée par Decathlon ! Par contre, la source annoncée n’est pas terrible et coule au goutte-à-goutte ; je suis bien content d’avoir porté mes 4 l d’eau.

Le début de la descente, la verdure au loin témoigne de l'oued Tassaout, qui coule toute l'année en fond de vallée.
Le début de la descente, la verdure au loin témoigne de l'oued Tassaout, qui coule toute l'année en fond de vallée.
Content d'arriver au bivouac
Content d'arriver au bivouac
J34 juin · 08h56–17h30

Aït Ali n'Itnio

29,1 km549 m D+1 244 m D−6 h 35 en mouvement

Le vent s’est calmé pendant la nuit. Normalement, aujourd’hui m’attend une courte étape de « seulement » 26 km pour me reposer de la longue journée d’hier. Après un réveil poussif sur les coups de 8 h, je croise finalement le premier village de la traversée. C’est aussi l’occasion de rencontrer les premiers enfants, qui me poursuivent aux cris de « silou, silou », j’imagine pour demander de l’argent ? Les villageois sont un peu surpris de me voir, mais très souriants ; on se salue mutuellement à chaque fois.

Un premier village
Un premier village
La verdure de la vallée qui contraste avec l'aridité des montagnes alentour
La verdure de la vallée qui contraste avec l'aridité des montagnes alentour

J’emprunte une longue route en terre longeant la rivière, et finis par me faire inviter pour le thé et une dégustation de noix à Amezri, par un étudiant à Marrakech revenu voir sa famille, et qui par conséquent parle bien français. Il m’explique que les touristes ne sont pas très fréquents ici et qu’il en croise une fois par semaine en saison.

Dégustation de noix
Dégustation de noix

J’échappe au lyophilisé et me permets une petite auberge pour déjeuner au bord de la route. C’est aussi accessoirement mon premier lavage de cul sans PQ, mais j’ai finalement compris la technique du robinet. Après une petite pause rafraîchissante au bord de la rivière, c’est reparti. Ma trace GPX me fait couper à travers champs et les ennuis commencent : je rebrousse chemin après m’être battu dans les orties et prends la route. Je passe un second village ; cette fois-ci, des gamins du village m’ont suivi plus d’une demi-heure, un à dos d’âne, pour au début me raconter leur vie, puis insister et encore me demander de l’argent !

Maintenant, au moins, je sais comment demander de l’argent en dialecte tamazight ! J’apprendrai plus tard de deux Français qu’eux aussi se sont fait suivre par les mêmes gamins insistants, mais ce n’est heureusement pas une généralité et la plupart des villages m’ont réservé un meilleur accueil.

Deuxième tentative de suivre ma trace GPS, mais le chemin au bord de l’eau est toujours introuvable, et je dois donc continuer sur la route. Je comprends finalement que le chemin est littéralement sous l’eau, car le lit de la rivière change régulièrement au gré des crues. Je dois traverser plusieurs fois à pied la rivière, dont le débit est quand même assez puissant, pour suivre tant bien que mal des semblants de traces pleines de boue sur ses bords. Enfin, n’en pouvant plus de ce slalom perpétuel et de ces difficultés, je me dis qu’il doit bien y avoir un meilleur chemin au vu des voitures que j’ai croisées dans les villages en amont. Je remonte la montagne tant bien que mal et découvre, abasourdi, l’existence d’une piste toute récente plus haut sur son flanc !

La piste salvatrice
La piste salvatrice

Un peu tard, j’étais presque arrivé au bout de l’étape. Un local me fait la discussion tant bien que mal et, épuisé, je décide de prendre un gîte (gîte Asounfou) pour la nuit au village suivant. L’occasion ne se présente pas souvent et ça me permettra d’aborder plus sereinement les 40 km du lendemain, et de me doucher, chouette !

Les camions locaux, passe-partout et écolos
Les camions locaux, passe-partout et écolos
J45 juin · 07h53–19h44

Lac Tamda

33,2 km2 043 m D+1 228 m D−10 h 06 en mouvement
Tizi n'Fedghat — 2 150 mTizi n'Lemsalli — 2 260 mTizi n'Imksal — 2 740 mTizi n'Tamda — 2 820 m

Petit déj bien copieux à 7 h 15 tapantes. J’espère que la soupe et le tajine d’hier m’auront donné suffisamment de force pour la journée et le soleil de plomb qui m’attend, comme tous les jours ; je commence à m’y habituer.

Beaucoup de locaux vivent de la culture du blé
Beaucoup de locaux vivent de la culture du blé

Le sac me déchire les hanches et les épaules ; je tente une nouvelle manière de l’accrocher, sans ceinture sur le pantalon, pour ne pas me blesser, et en serrant au maximum la ceinture ventrale du sac. Ça a l’air de fonctionner, et je me sens plus à l’aise.

Je quitte très vite ce petit village qui me raccroche encore un peu à la civilisation pour m’enfoncer dans les montagnes en solitaire. L’ambiance est dingue, les montagnes offrent toute une palette, du jaune au rouge ; je suis heureux d’avoir ce petit coin sauvage pour moi tout seul. Je croise de temps à autre quelques Berbères à dos d’âne ou à cheval. Par contre, l’aridité se fait sentir : je ne croise que deux maigres ruisseaux sur la route et remplis à chaque fois mes gourdes au maximum pour tenir jusqu’à la prochaine source supposée, si elle n’est pas encore tarie.

Berbère à cheval
Berbère à cheval
Les coquelicots émergent souvent des herbes hautes
Les coquelicots émergent souvent des herbes hautes
Emblématiques chênes verts de l'Atlas
Emblématiques chênes verts de l'Atlas

Après plusieurs heures de marche, je fais la rencontre d’un groupe de touristes et de leurs guides, qui me mettent en garde pour la suite : il faut traverser une zone de ruches, où les abeilles sont semble-t-il plutôt agressives. Au point indiqué, je cours, sac sur le dos, à travers le corridor de ruches ; j’en entends quelques-unes tournoyer autour de moi mais heureusement elles ne me poursuivent pas très loin.

Croisement d'une des deux seules routes reliant l'est à l'ouest à travers l'Atlas.
Croisement d'une des deux seules routes reliant l'est à l'ouest à travers l'Atlas.

La montée est magnifique, mais interminable et éreintante. J’espère trouver rapidement de l’eau car mes réserves se vident à vitesse grand V. Les sources alentour sont rares et le plus souvent salées, au vu de la géologie des lieux. Des cristaux de sel blancs parsèment la montagne et les blocs de pierre.

Les sommets désertiques
Les sommets désertiques
Cette portion du massif regorge de fossiles
Cette portion du massif regorge de fossiles
Vue transversale de l'Atlas depuis le dernier col
Vue transversale de l'Atlas depuis le dernier col

Les podcasts des Baladeurs m’accompagnent et me font passer le temps tout en me plongeant dans une atmosphère d’aventure et de solitude que je prends le temps d’apprécier et de ressentir. Le dernier col passé, il me semble apercevoir une petite cascade issue de la fonte des neiges, que je m’empresse d’aller voir : ce n’était pas un mirage, et l’eau n’est pas salée, ouf ! J’en profite pour refaire le plein et récupérer les litres que j’ai transpirés.

La cascade tant espérée, juste avant le lac Tamda
La cascade tant espérée, juste avant le lac Tamda

J’arrive tardivement sur les lieux du bivouac, après cette longue étape, à 19 h 30. L’endroit est magnifique, autour du lac Tamda ; je croise deux Français qui randonnent eux aussi dans l’Atlas en autonomie. Quel plaisir de pouvoir à nouveau discuter en français et de partager nos expériences vécues au long de nos périples respectifs !

Le lac Tamda
Le lac Tamda
J56 juin · 07h56–19h11

Telouet, par l'Anrhomer

34,7 km1 763 m D+2 614 m D−9 h 02 en mouvement
Jebel Anrhomer — 3 607 m

Je pars au petit matin pour le sommet voisin, le Jbel Anrhomer, qui culmine à 3 607 m. La montée est raide, dans un pierrier ; j’ai la chance de croiser mon premier serpent, une vipère de l’Atlas. Je reste prudent et ne la dérange pas trop, car cette espèce est venimeuse.

Vipère de l'Atlas
Vipère de l'Atlas

La vue panoramique à 360 degrés au sommet est époustouflante, du M’Goun au Toubkal. J’aperçois aussi le complexe solaire Noor Ouarzazate, l’une des plus grandes centrales solaires à concentration au monde, qui utilise des systèmes de miroirs pour concentrer et rediriger les rayons lumineux vers le sommet d’une tour de 250 m de haut et stocker de l’énergie.

Le vent à la montée souffle si fort qu’il me déséquilibre ; je fais bien attention à ne pas trop me rapprocher de la falaise.

Ayant laissé mon sac à dos au bord du lac, je descends rapidement : je n’aurai finalement mis que 3 h pour faire l’aller-retour au sommet. Je continue ensuite ma route vers Telouet. Je retrouve le chien que j’entendais aboyer pendant la nuit ; heureusement, il n’est pas méchant et garde calmement le troupeau de moutons qui me fait face.

Le lac constitue un point d'eau appréciable dans ces terres arides
Le lac constitue un point d'eau appréciable dans ces terres arides
La route est encore longue
La route est encore longue
Un chêne solitaire
Un chêne solitaire

Ayant pris un peu de retard sur l’étape suite à l’ascension, je décide de ne pas m’attarder pour déjeuner, mais des locaux m’invitent à prendre le thé et le traditionnel tajine ; ça ne se refuse pas. Encore une fois, la communication est difficile, mais s’immerger dans une famille traditionnelle de l’Atlas et voir l’accueil chaleureux qu’elle me réserve reste une expérience inoubliable.

Dans une maison marocaine.
Dans une maison marocaine.

Le sentier s’efface progressivement et je me retrouve à devoir franchir des barbelés pour continuer ma route. Manque de bol, le gîte que j’espérais trouver en fin d’étape n’existe pas au point que j’avais noté ; je continue donc une dizaine de kilomètres alors que je commence à être sérieusement fatigué de la journée. Je passe devant les magnifiques couleurs des montagnes de Telouet et sa mine de sel. Bien entamé, je trouve enfin un endroit où dormir à mon arrivée dans la ville.

Pas d'autre choix que de franchir la clôture qui s'étend à perte de vue
Pas d'autre choix que de franchir la clôture qui s'étend à perte de vue
Telouet est proche
Telouet est proche
J67 juin · 09h44–18h30

Afra

24,2 km1 190 m D+1 063 m D−6 h 58 en mouvement

Après une bonne nuit de repos au gîte, j’en profite pour visiter la kasbah de Telouet, point stratégique sur le passage des caravanes marchandes entre Marrakech et Ouarzazate. Malheureusement endommagée par le séisme de 2023, si elle ne paie pas de mine de l’extérieur, elle reste magnifiquement ornée à l’intérieur ; le contraste est saisissant. Petites courses dans les supérettes locales : c’est un point de ravitaillement important dans mon itinéraire, et le kilo de dattes est à un prix imbattable.

Kasbah de Telouet
Kasbah de Telouet
Les couleurs environnantes
Les couleurs environnantes

Le début d’étape n’est pas terrible, mais devient magnifique une fois traversée la route qui relie Marrakech à Ouarzazate : des gorges somptueuses se découvrent, puis un haut plateau de montagne doré où les locaux cultivent blé et autres céréales, bordé de cascades.

Le plateau juste avant Afra
Le plateau juste avant Afra
Encore du chemin
Encore du chemin
Arbre solitaire
Arbre solitaire

Arrivée pour une fois pas trop tardive, sur les coups de 18 h. Je sens toutefois une petite gêne au ventre, qui devient vite plus forte : plus de doute, j’ai attrapé la fameuse tourista. Je n’ai pas mis de pastille dans l’eau que j’avais filtrée, et malheureusement une gourde filtrante laisse tout de même passer les virus.

J78 juin · 08h09–18h32

Plateau du Yagour

26,6 km1 156 m D+870 m D−7 h 21 en mouvement

Nuit compliquée, où j’ai vomi plusieurs fois et ai dû partir en quête d’une rivière sous les étoiles pour étancher ma soif.

J’appréhende un peu la journée à venir, j’espère que ça ira, quitte à raccourcir l’étape.

Je suis la rivière ; la beauté du paysage me détourne un peu de mon mal de bide. Pause midi à Azgour en bord de rivière, enfin une supérette où je peux acheter du Coca : ça remplacera les électrolytes que j’ai oublié d’emporter avec moi. La chaleur est étouffante, et la rivière bordée de coussins et de paillasses pour touristes me fait de l’œil. Bien que je boive en continu pendant l’interminable montée sur la route de terre poussiéreuse, ma soif n’est jamais étanchée. Je revomis toute l’eau que j’avais avalée en bordure de village ; mon état ne s’améliore pas.

Petit village berbère
Petit village berbère
La route en terre interminable, parcourue péniblement sous un soleil de plomb
La route en terre interminable, parcourue péniblement sous un soleil de plomb

Heureusement, je croise deux Marocains qui m’avaient déjà aperçu à la rivière le midi même. L’un travaille à Marrakech et parle un bon anglais ; ils m’aident à débusquer un spot de bivouac et une source d’eau à proximité, parfait pour la nuit. Je n’ai toujours rien avalé depuis ce matin ; j’en profite pour me reposer et il me semble que je retrouve peu à peu l’appétit.

Enfin arrivé
Enfin arrivé
J89 juin · 08h08–14h16

Immin Tadarte

20,5 km475 m D+1 304 m D−5 h 07 en mouvement

Le moment est venu de décider si je me dirige vers le Toubkal par le sud ou par le nord. La trace du sud permet d’éviter le poste de gendarmerie, où il faut obligatoirement être accompagné d’un guide pour faire l’ascension, non pas à cause de la difficulté du sommet (c’est de la randonnée), mais suite à l’attentat qui a coûté la vie à deux touristes européennes en 2018. Au vu de mon état qui ne s’améliore pas, je décide de prendre la route la plus courte, par le nord, et de passer par le village touristique de Setti Fatma, histoire de dormir dans un gîte et de reprendre des forces pour, je l’espère, continuer ma route comme prévu.

J’adapte mon programme et raccourcis l’étape du jour : j’ai soif en permanence et ne parviens pas à me réhydrater correctement. Je rejoins tant bien que mal le village d’Immin Tadarte, juste avant Setti Fatma, et m’écroule sur le lit du premier gîte trouvé.

Champ de coquelicots
Champ de coquelicots
Les palmiers nains, parfaitement adaptés aux rudesses du climat local
Les palmiers nains, parfaitement adaptés aux rudesses du climat local
Les chevaux sont élevés un peu partout et sont de bons alliés pour les déplacements sur les hauts plateaux
Les chevaux sont élevés un peu partout et sont de bons alliés pour les déplacements sur les hauts plateaux
J910 juin · 08h05–12h18

Timichi

16,5 km814 m D+241 m D−3 h 48 en mouvement

Courte étape : mes aléas de santé m’ont fait rallonger mon périple d’une journée. Mais tant mieux, j’entrevois la fin des galères au bout de ces quelques jours plus délicats.

J’entame l’étape du jour en suivant la route qui conduit au fond de la vallée. Quel contraste entre le calme et la quiétude des jours précédents et l’agitation nouvelle de ce haut lieu touristique ! La route fait affluer de Marrakech de nombreux touristes marocains venus se ressourcer dans la fraîcheur de la rivière. Un panneau préconise toutefois de rester vigilant face aux inondations : la crue éclair et meurtrière de l’oued Ourika a été responsable de centaines de morts en 1995.

L'oued Ourika, qui peut se déchaîner subitement en cas d'orages dans la vallée
L'oued Ourika, qui peut se déchaîner subitement en cas d'orages dans la vallée

La vallée de l’Ourika est aussi l’un des derniers fiefs de l’emblématique macaque de Barbarie. Même s’ils ont l’air très habitués aux humains, je préfère les voir en liberté sautant de branche en branche qu’enchaînés à leur dresseur sur la place Jemaa el-Fna à Marrakech !

Jeunes macaques de Barbarie
Jeunes macaques de Barbarie
Pas l'habitude de croiser ce panneau !
Pas l'habitude de croiser ce panneau !

J’entame alors la montée de la piste terreuse, où se croisent ânes, chevaux et 4x4 bondés pour s’extraire de la vallée. En chemin, un local à moto s’arrête et me propose en français de rester dormir dans son gîte, dans son village. Pourquoi pas : je pensais initialement continuer jusqu’à Imlil, mais je suis aussi partant pour prendre un peu de temps avant de terminer cette aventure et apprécier le moment.

Il faut franchir cols et vallées pour accéder à Imlil
Il faut franchir cols et vallées pour accéder à Imlil

Je discute avec le gérant, en français cette fois, c’est appréciable : c’est un ancien guide de montagne, qui me raconte avec fierté son ascension du mont Blanc quelques années auparavant.

J1011 juin · 07h51–17h25

Imlil, par le Tizi n'Tachedirt

27,4 km1 772 m D+1 989 m D−8 h 29 en mouvement
Tizi n'Tachedirt — 3 230 mTizi n Tamatert — 2 302 m

C’est enfin le départ pour Imlil, terminus de mon périple. Je fais mes adieux au gérant du gîte et à son fils, puis emprunte un chemin précaire, qui s’effondre par endroits dans un immense pierrier. Depuis tous ces jours de marche, j’espère entrevoir le Toubkal, point culminant d’Afrique du Nord, mais il se fait attendre : la vue reste immanquablement bloquée par les hauts et raides sommets qui peuplent cette région du Haut Atlas.

Entrée dans le parc national
Entrée dans le parc national

En me rapprochant d’Imlil, les villages se transforment, les constructions deviennent plus robustes, souvent en béton et de moins en moins en terre.

Je croise aussi mes dernières séguias, ces innombrables canaux d’irrigation qui permettent les cultures caractéristiques en terrasses verdoyantes au milieu de l’aridité des montagnes. Une partie du courant de la rivière principale est détournée, chaque villageois se voyant accorder une durée d’ouverture du canal pour arroser sa parcelle. L’écoulement se fait uniquement par gravité.

Les séguias, permettant le partage équitable de la précieuse ressource en eau
Les séguias, permettant le partage équitable de la précieuse ressource en eau
Les arbres résistent à l'altitude
Les arbres résistent à l'altitude

Je m’offre un café à la buvette du dernier col avant Imlil et son foisonnement de touristes en tout genre venus randonner dans le parc national du Toubkal. Je sens que mon aventure touche à sa fin, et avec elle la quiétude et l’isolement dans lesquels j’ai vécu ces derniers jours.

Vue du col de Tizi n'Tamatert, surplombant Imlil
Vue du col de Tizi n'Tamatert, surplombant Imlil

Ça ne manque pas : je croise plus de touristes dans mes premiers mètres en ville qu’en 10 jours de randonnée. D’innombrables restaurants et hôtels côtoient des échoppes de randonnée et d’alpinisme, où se pressent en grappes les apprentis alpinistes.

Je me mets en quête d’informations sur le Toubkal. Je sais qu’on peut le faire sans guide, en démarrant silencieusement de nuit et en se camouflant au passage de la gendarmerie, porte d’entrée officielle du sommet, mais je décide de ne pas le faire. Je cherche un groupe voulant tenter le sommet à la journée, pour diviser le prix. Finalement, je ne trouve personne, et les guides m’annoncent après négociation 120 euros la journée pour y monter le lendemain. Un peu refroidi par une somme pareille pour un sommet aussi facile, je décide de ne pas y monter : ce ne sont pas les montagnes qui manquent en France et j’ai déjà bien gambadé pendant ce périple.

Épilogue

Retour en France

Le moment du retour est arrivé, mais je ne souhaite pas non plus trop me presser. Les taxis pour Marrakech attendent en bas de la route principale d’Imlil. Pour 35 dirhams, ils me déposent par hasard juste à côté de l’auberge de jeunesse où j’avais commencé mon aventure : la boucle est bouclée !

Retour à la place Jemaa el-Fna, à Marrakech
Retour à la place Jemaa el-Fna, à Marrakech

Je décide de ne pas rentrer en avion et prends un TGV marocain pour Tanger, gros hub portuaire faisant face à l’Espagne. Les prix sont attractifs par rapport à la France : je paie l’équivalent de 30 euros pour un confort qui n’a rien à envier aux TGV français. D’ailleurs, mis à part les logos de l’ONCF, tout est identique.

L’atmosphère à Tanger est très différente des villes montagneuses et désertiques auxquelles je m’étais accoutumé. Ici, l’air marin est frais, les cris des mouettes et les apostrophes en espagnol des habitants remplacent le bruit du vent et les hennissements des chevaux.

Le centre-ville grouille de monde
Le centre-ville grouille de monde
On trouve aussi des coins plus calmes
On trouve aussi des coins plus calmes
Tombes phéniciennes de Tanger
Tombes phéniciennes de Tanger
On reste tout de même au Maroc !
On reste tout de même au Maroc !

J’embarque le lendemain soir pour un dernier voyage de 3 jours, à bord d’un ferry direct reliant Tanger, porte de l’Afrique, à Marseille. Il part du port de Tanger Med, à 1 h de taxi ou de bus du centre-ville. Le billet indique expressément de se présenter au moins 6 h avant l’embarquement, mais à 18 h je suis toujours assis à attendre que le responsable nous appelle pour l’embarquement de 19 h. Pas besoin de trop se presser, on dirait…

Le retour paisible me laisse le loisir de réfléchir à mon aventure et de discuter avec les autres passagers, dont certains ont eux aussi vécu des aventures passionnantes.

Embarquement pour Marseille !
Embarquement pour Marseille !
Pratique

Infos pratiques

Je regroupe ici quelques infos pertinentes, datées de juin 2026.

Accès au départ

  • Marrakech → Azilal : bus ligne 18 depuis la gare routière de Marrakech, premier départ à 8 h 30. Les horaires sont introuvables en ligne, mieux vaut passer à la gare la veille.
  • Azilal → Tabant (Aït Bouguemez) : taxi bus, environ 40 dirhams. Il part quand il est plein, j’en ai eu pour 1 h d’attente. Prononcer « Tabènté ». Le bus 18 dépose à cette gare routière.

Retour

  • Imlil → Marrakech : beaucoup plus facile que l’aller. Compter 35 dirhams en taxi collectif, qui se prend à 200m de la ville dans sur la route principale.
  • Marrakech → Tanger : train de l’ONCF, environ 30 euros.
  • Tanger Med → Marseille : ferry direct avec la Méridionale, 3 jours de traversée. Le port est à 1 h de taxi ou de bus du centre de Tanger. Je ne pense pas qu’il faille réellement venir 6h en avance comme préconisé.

Eau

  • Le point le plus crucial, les sources sont rares, parfois taries, et souvent salées dans la zone avant le lac Tamda. J’ai porté 4 litres et ai fait le plein dès que je le pouvais.
  • Une gourde filtrante ne suffit pas contre les virus qui ne sont pas filtrés, il faut rajouter des pastilles.
  • Emporter des électrolytes, salvateur en cas de tourista, pour compenser la transpiration.

Gaz et ravitaillement

  • Pas de gaz possible en avion, et plus de Campingaz au Decathlon de Marrakech. On trouve surtout des cartouches à perçage, en petite boutique, acheter le réchaud en même temps ne coûte pas grand chose.
  • Retirer du liquide à Marrakech avant de partir (distributeurs capricieux) : il sert pour les gîtes, taxis et les quelques supérettes sur le parcours.
  • Ravitaillement : le plus de choix à Telouet (étape 6) et quelques petites échoppes sur le parcours comme à Azgour (étape 7). Gîtes et repas chez l’habitant ponctuellement. Il peut se passer plusieurs jours sans ravitaillement possible, prévoir large.

Orientation et sécurité

  • Le sentier n’est pas ou très peu balisé, la trace GPX (bouton en haut de page) est indispensable, mais certains passages changent rapidement (chemins sous l’eau au bord des rivières par exemple). J’utilisais Osmand pour avoir la trace en hors ligne.
  • Le réseau est rare, on capte surtout aux sommets, ou dans certains villages. J’avais une balise GPS de secours.
  • Bien faire attention aux serpents, et aux chiens de troupeau, surtout après le lac Tamda. Je n’ai pas vu heureusement de chiens errants sur le trajet.
  • Au Toubkal, prendre un guide est obligatoire depuis 2018, environ 120 euros pour le faire à la journée après négociation à Imlil, mais le tarif par personne peut être plus bas pour un groupe.

Sac

  • Un peu plus d’une vingtaine de kg, c’est beaucoup, mais j’aurais surement pu m’alléger un peu en ne prenant que 5 ou 6 jours de nourriture.
  • Pour être autonome pour les équipements électroniques, j’avais un panneau solaire dépliable.
  • Le soleil tape fort, une casquette qui protège la nuque n’est pas très esthétique mais très pratique.

Sinon, ne pas hésiter à apprendre quelques mots de tamazight, comme thé ou eau, cela peut s’avérer très utile en plus de faire bonne impression.

Fonds de carte : OpenTopoMap (© contributeurs OpenStreetMap, SRTM, CC-BY-SA) et Esri World Imagery.